W

2019

bois, bois contreplaqué, 203 x 203 x 203 cm

Projet en collaboration avec Diego Guglieri don Vito

W est une rencontre entre l’espace d’exposition et la sculpture.

Il se construit dans une concentration et un redéploiement de formes et de codes. En envisageant l’espace de représentation de l’art comme partie intégrante de l’œuvre, le projet cherche à se positionner comme une sorte de module d’exploration.  Il est un signal destiné à être mobile, qui tente de proposer un moyen d’accès à l’art au sein de territoires dépourvus.

Bénéficiant d’une bourse d’aide individuelle à la création  accordée par la Direction Régionale des Affaires Culturelles Auvergne —Rhône Alpes,  W est produit en 2019 au sein des Ateliers Morse de Saint Etienne avant d’être installé à l’automne dans les jardins d’Artistes en Résidence à Clermont Ferrand.

W E T

sweet little mystery

2019

Artistes en résidence, Clermont Ferrand
Artiste invitée : Elvia Teotski

W E T est une forme de précipité comme le disent les chimistes, le résultat d’une combinaison, celle qui réunit François Dehoux, Diego Guglieri Don Vito et Elvia Teotski autour d’un point de ralliement conçu par les deux premiers et nommé W.

W

Monolithe glacé sur un jardin en sommeil ; automne débuté, hiver pas encore commencé, est-ce là un signe d’épuisement ? Et si tout était une forme de recommencement : les débats n’auraient plus de raison d’avoir lieu. Des paroles gelées par l’histoire de leurs répétitions, bégaiements inaudibles par temps froid. Comment peut-on encore, faire ? Il faudrait se réchauffer à l’abri du (white) cube blanc, mais W n’est pas uniquement un foyer, probablement une sculpture également, d’où la difficulté d’en parler facilement. Poétiquement, c’est dit, techniquement W est amphibiologique.

Être deux est autant une addition qu’une division et une soustraction. Ils sont deux, François Dehoux et Diego Guglieri Don Vito, à avoir pensé à ça ! Ça commence bien, oui « ça », cet inconscient de l’histoire de la modernité, celui qui voulait être vivant, en théorie parce qu’en pratique il ne pouvait intrinsèquement pas être (parlant). Tout le problème est là, W est privé d’éloquence. W est abscons parce qu’il (ou elle) problématise ce qui pourrait sembler un écueil, ce que de notre côté nous appellerons plus bas, un désir. L’écueil c’est l’ambivalence de ses fonctions : sculpture et lieu d’exposition, du sacré à sa désacralisation. Ça, a l’air compliqué, mais c’est plutôt simple, comme dans une galerie quand on se demande si on peut (être) touché ou pas. D’où je l’aperçois, d’une fenêtre après une succession de branchages feuillus qui en camoufle l’apparence, W me semble être une expression ténue de ce que nous pouvons nommer le désir : cette forme de liaisons invisibles entre le proche et le lointain, l’interdit et le permis, une forme du désir car tout simplement W réunit.

W E

WE, c’est nous, ici réunis ! Rien de plus compliqué, une traduction simultanée ; une communauté qui n’a pas oublié ce qu’être ensemble signifie, qui abandonne les querelles de virgules. Nous ne sommes plus les héritiers malheureux de la modernité, nous pouvons nous réjouir, garder ce qu’il y a à garder et continuer à produire. Nous avons la possibilité de dérailler, de disjoncter, et peut être de retrouver les bienfaits de l’incertitude, celle d’être ensemble sans aucune raison valable ou plutôt comme on dit pour un ticket, en cours de validité.

François Dehoux et Diego Guglieri Don Vito nous ont donc permis d’inviter Elvia Teotski à W. Ils ne se connaissaient pas, ont comme point commun d’avoir « fait » notre résidence. WE signifie donc aussi : géographie (West / East), quelque chose de traversant, de circulant. WE est mobile, prévue pour circuler, s’aventurer aux risques de ces expositions. Sans jamais s’être rencontrées les trajectoires des trois artistes se sont croisées comme des chemtrails dans le ciel, de Miami à Marseille, de l’Estaque à San Rafael, de Genève à Lyon, mais aussi des études en agronomie aux maraîchages biologiques, d’une approche scientifique du vivant à son expression la plus poétique. Leur réunion est peu banale. C’est précisément ce qui nous plaît ici…L’absence de banalité. Il serait inintéressant d’accompagner des artistes à reproduire l’orthodoxie d’un paysage artistique livré, faute de mieux, à sans cesse se poser les mêmes questions, toutes, c’est certain, fondées sur des réponses. Aussi curieux que cela puisse paraître, on s’interroge toujours là où on a déjà une réponse. L’art à cet avantage sur la communication : apporter des réponses qui recouvrent les questions.

W E T

Elvia Teotski a posé la bonne réponse, elle a combiné, tuyaux de cuivre et col de cygne. Elle provoque une réaction biochimique qualifiée par les scientifiques de « métabolisme ». Cette réponse est accessible à l’occasion de la première présentation publique de W qui en gardera les traces sans doute au moins jusqu’à la suivante. Elvia Teotski pratique la maraude d’autant plus lorsqu’investir un jardin lui est suggéré. Le nôtre n’est ni vraiment un potager, ni réellement agrémenté. Nous l’avons sorti d’un long sommeil, recouvert de lierres et de déchets improbables. Petit à petit nous nous sommes aperçus de la présence de légumes, de fleurs, d’arbres fruitiers.

Alertés par Elvia Teotski, nous nous sommes aussi rendus compte d’une activité passée. Un ou plusieurs habitants ont probablement utilisé le jardin pour fabriquer de l’alcool, ce n’est qu’une supposition, mais elle pouvait engager Elvia Teotski dans une direction, pas vraiment autorisée. W pouvait se prêter à l’exercice, sculpture manifeste de l’extérieur, elle / il peut devenir espace illicite, non conventionnel et androgyne. Drôle de destin pour un white cube, fatalement sans attrait : redevenir vivant. C’est là le tour de passe-passe d’Elvia Teotski en pickpocket alerte : trouver au fond des poches des choses apparemment mortes, ce qui subsiste. La sculpture « minimale » est ainsi travaillée en son cœur et découvre la possibilité d’une existence à laquelle François Dehoux et Diego Guglieri Don Vito l’avait préparée. De l’extérieur à l’intérieur, il n’y a qu’un pas, ce seuil est celui du spectateur. C’est donc encore et fort heureusement d’altérité dont il s’agit. Elvia, François et Diego ont produit disons, quelque chose. Une forme de précipité, comme le disent les chimistes, dont nous avons tout lieu de penser qu’elle n’est pas aussi fortuite qu’elle y paraît et sans doute beaucoup plus simple qu’on peut le dire.

Texte écrit par Martial Deflacieux
Prises de vue Bruno Silva et Elvia Teotski